23 janv. 2019

Trois questions à Jean-Jacques Friedman, Chief Investment Officer, Natixis Wealth Management

« Nous entrons dans une période agitée de consolidation des valorisations »

Les marchés s’interrogent sur une éventuelle récession aux Etats-Unis en 2019. Ce risque vous semble-t-il pertinent ?

C’est tout le paradoxe : les marchés anticipent une récession mais très peu d’économistes jugent crédible ce scénario. Nous prévoyons un simple ralentissement et la question de la récession ne sera pas posée avant 2020. Il existe effectivement de nombreuses alertes de marché mais il s’agit de faux signaux après une analyse plus fine. Le signal taux, avec l’aplatissement de la courbe des taux, ne nous apparaît pas pertinent. Les taux long américains sont anormalement bas et il faut s’attendre à une repentification de la courbe. De même, l’évolution des spreads sur le compartiment high yield, souvent jugée comme un indicateur avancé d’une crise, est surtout liée à l’évolution du prix du baril de pétrole, compte tenu du poids des nouveaux acteurs dans le gaz de schiste. Enfin, il reste toujours un réservoir important de main-d’œuvre aux États-Unis, malgré un taux de chômage faible. Enfin, les États-Unis et la Chine ont un intérêt mutuel à trouver un compromis sur  le terrain commercial.

Les marchés actions valorisent actuellement une croissance nulle des bénéfices par action en 2019, alors que le consensus table toujours sur une hausse de 9% en zone euro. Faut-il s’attendre à un rebond technique des marchés ?

La décote des actions par rapport aux fondamentaux est en effet importante. Pour autant, il convient de rester prudent. Nous entrons dans une phase de ralentissement économique et il est peu probable de retrouver les niveaux de valorisations de l’été 2018. Nous sommes dans un scénario de normalisation, sinon de consolidation, au moins sur les deux prochaines années. La croissance des profits sera nécessairement moindre compte tenu des performances passées et, sans doute, la redistribution, compte tenu d’un contexte politique tendu avec la montée des populismes, sera davantage en faveur des salariés que des actionnaires. Cette période de transition sera agitée, avec des phases de baisse et de hausse, ce qui suppose une gestion encore plus dynamique de l’allocation d’actifs.

Comment expliquez-vous l’extrême nervosité des marchés ?

Nous avons vécu ces dix dernières années dans un cadre d’investissement aussi solide que prévisible avec des politiques monétaires accommodantes et une croissance régulière des résultats. Ce cadre rassurant a aujourd’hui disparu et nous manquons d’un nouveau cadre, alors que nous approchons d’une fin de cycle. Les messages restent contradictoires et les gestions doivent être les plus mobiles et les plus souples possibles pour faire face à ce manque de visibilité.

Achevé de rédiger le 21 janvier 2019.