29 janv. 2021

Quelles perspectives boursières dans un contexte économique en amélioration avec l’arrivée du vaccin ?

Dans un contexte de crise sanitaire historique, l’année boursière 2020 a évolué au rythme d’une dynamique de flux alimentée par les plans de sauvetage et les injections massives de liquidités. Au total, plus de 8 000 milliards d’euros ont été mobilisés à l’échelle mondiale par les Etats et les banques centrales pour relancer l’économie face à l’épidémie de Covid-19.

L’interventionnisme musclé de la Fed et de la BCE a entraîné une normalisation des indicateurs d’aversion au risque et des conditions interbancaires. De quoi permettre aux marchés financiers de limiter la casse, malgré un décrochage aussi brutal qu’inédit au premier trimestre 2020. Après avoir chuté de 30 % en moins d’un mois - sa correction la plus rapide de l’histoire - l’indice MSCI World, dividendes réinvestis, a tout de même fini l’année dans le vert.

En novembre dernier, l’annonce par Pfizer de l’efficacité d’un premier vaccin a insufflé une bouffée d’oxygène aux investisseurs, qui ont pu ainsi commencer à échafauder des scénarii de sortie de crise. Aujourd’hui, les opérateurs restent attentifs au seul élément qui pourrait remettre en cause la hausse des marchés initiée il y a deux mois, à savoir : le taux d’efficacité des vaccins face aux variants successifs du coronavirus susceptibles d’apparaître. Pour le moment, ce taux reste très élevé et les derniers développements constatés dans plusieurs pays européens reportent seulement de quelques mois l’objectif d’atteinte d’immunité collective. Les campagnes de vaccinations mises en place dans plusieurs pays sont à la hauteur des enjeux, notamment aux Etats-Unis où l’objectif de 100 millions de personnes vaccinées en 100 jours paraît atteignable. Les marchés hiérarchisent déjà en termes de performance boursière les écarts de déploiement du vaccin entre pays. Cet élément conditionne donc les perspectives économiques pour 2021 et la pérennité de la hausse des marchés.

Le retour sur les niveaux de croissance économique de 2019 ne se fera pas avant 2022. Pour les bénéfices des entreprises, ce sera cette année !

Après le choc sur la croissance provoqué par l’épidémie de Covid-19, nous avons rappelé à plusieurs reprises que l’activité économique ne retrouverait pas son niveau d’activité de 2019 avant 2022, à l’exception peut-être de la Chine. En revanche, sous l’effet des mesures d’aide mises en place et de la réactivité des entreprises dans plusieurs secteurs d’activité, le retour aux niveaux de bénéfices de 2019 pourrait avoir lieu dès la fin 2021. Les perspectives de croissance mondiale du FMI viennent d’être révisées à + 5,5 % pour 2021 (contre + 5,2% en octobre 2020), avec notamment un relèvement des prévisions pour les Etats-Unis du fait des plans de relance et de la qualité du déploiement logistique de la campagne de vaccination.

Les démocrates contrôlent les deux chambres du Congrès - mais avec une majorité ténue au Sénat - ce qui leur confère plus de liberté dans la mise en œuvre de leur programme politique, sans toutefois avoir les coudées totalement franches. Le 4ème plan de relance proposé à 1 900 milliards représenterait 10 % du PIB américain et les investisseurs escomptent bien sûr qu’une partie seulement de ce montant sera déployé au cours des prochains trimestres.

Le retour de l’inflation ?

Le taux à 10 ans américain est passé de 0,5 % à 1,15 % entre juillet 2020 et janvier 2021, traduisant une révision à la hausse des anticipations d’inflation favorisée par la hausse du cours des matières premières ces derniers mois. Cette évolution, qui soulèverait la problématique d’un possible resserrement monétaire par la Fed, sera scrutée de près par les investisseurs au cours des prochains mois.

La question du niveau d’inflation à venir partage les économistes :

  • D’un côté, la création monétaire liée aux injections massives de liquidités pour faire face à la crise, supposée inflationniste (mais rappelons-le qui n’a provoqué aucune remontée depuis 2008) ;
  • De l’autre, la destruction d’une partie de la croissance mondiale liée à la crise qui est, à l’inverse, un facteur déflationniste.

Nous pensons que ce débat autour de la hausse des prix pourrait être supplanté par la question de ce réemploi des injections monétaires. L’abondance de liquidités créées pour faire face à la crise sanitaire devrait être ainsi progressivement redéployée en faveur des actifs financiers ou immobiliers. L’ouverture de nombreux comptes titres lors des premières opérations « d’helicopter money » aux Etats-Unis, souligne le fait qu’une partie de ces liquidités de ne transforme pas en consommation mais en actifs financiers. Aujourd’hui, la création monétaire ne circule donc que très peu dans l’économie réelle et n’est donc pas un facteur inflationniste.

Quelle allocation d’actifs en ce début d’année ?

Notre stratégie d’investissement reste toujours orientée vers des business model de qualité, en particulier autour de la digitalisation de l’économie, les thématiques liées à l’ESG (transition énergétique), avec un regain d’intérêt pour les fusions-acquisitions dont les valeurs moyennes devraient profiter.

Nous conservons également les couvertures sur le dollar pour nos détentions sur les actions américaines et revenons sur les matières premières corrélées à la reprise mondiale, et ce d’autant que les entreprises de ce secteur n’ont pas besoin de faire de nouvelles dépenses d’investissement pour satisfaire la hausse de la demande.

De plus, nous continuons à privilégier les actions émergentes asiatiques et plus largement l’ensemble des pays émergents au niveau mondial, afin de bénéficier des perspectives favorables des pays producteurs de matières premières dans un contexte de faiblesse du dollar - auquel ces pays sont également sensibles.

La question d’un rattrapage des cours et de la valorisation par les marchés d’un déploiement efficace des campagnes de vaccination peut concerner également des zones géographiques comme le Royaume-Uni, dont les actions sont particulièrement décotées par rapport à leurs homologues américaines et européennes. Elles devraient également profiter de l’évolution des changes attendu à la suite de l’accord commercial signé entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne dans le cadre du Brexit. Le marché britannique constitue également une bonne façon de jouer le rebond des sociétés minières dans l’environnement de remontée du prix des matières premières.

Achevé de rédiger par Jean-Jacques Friedman, CIO, le 29 janvier 2021