9 oct. 2020

Prise de profits sur le Nasdaq… et pourquoi pas un signal positif ?

La consolidation du marché a finalement été limitée en septembre, alors même que certains indices ont perdu jusqu’à 7% au cours du mois. A l’exception de la Chine qui devrait être la seule économie à connaître une croissance positive de son PIB cette année (+1,8 % selon l’OCDE (1)), l’une des premières explications de ce repli est à rechercher dans la moindre dynamique économique mondiale, sur fond de retour de mesures de confinement partiel imposées dans certaines régions - en Europe tout particulièrement. La difficulté de conclure un accord entre Démocrates et Républicains sur un plan de relance aux Etats-Unis et les quelques déceptions relatives à la date de mise sur le marché d’un vaccin ont également contribué à alimenter cette tendance baissière sur le mois.

Confirmation de notre scénario du mois dernier

Dans notre précédente lettre, nous refusions d’aligner notre scénario sur le schéma politique de Donald Trump, lequel laissait présager la disponibilité d’un vaccin au moment des élections américaines de novembre. Nous estimions en outre qu’un vaccin, approuvé par la FDA (2), pourrait vraisemblablement voir le jour à horizon mi-2021. En parallèle, la dynamique épidémique a continué de s’améliorer dans les pays émergents - toujours à l’exception de l’Inde - et s’est stabilisée aux Etats-Unis malgré la circulation plus importante du virus dans les Etats du Sud durant l’été. En Europe, le nombre de cas est reparti à la hausse, notamment eu égard au plus grand nombre de tests réalisés, avec cependant une nette différenciation entre pays. A ce stade, si nous pouvons en conclure que les mesures de restriction affectant la mobilité ont un impact mesuré à l’échelle mondiale, force est de constater que le taux de reproduction du Covid-19 évolue encore autour de 1 dans la majorité des pays - alors qu’il se situait aux environs de 3 en février.

Un changement notable autour de l’élection présidentielle américaine

Nous considérions le mois dernier que le marché ne jouait pas particulièrement l’élection d’un candidat et que l’essentiel se situait peut-être en amont du scrutin. En effet, l’éventualité d’un score serré entre les deux candidats laissait planer le risque, le jour J, de contestation par Donal Trump, déjà critique à l’égard des votes par correspondance. Dans cette perspective, nous anticipions que durant les quelques semaines précédant le vote, l’activisme de Donald Trump serait susceptible de soutenir les marchés, en mettant la pression d’une part sur la Fed (3) - dans le but d’accentuer les différents leviers de la politique monétaire – et d’autre part sur la FDA, afin de commercialiser le plus rapidement possible des antiviraux et des vaccins. Or, cette phase a été balayée par le décès de la doyenne de la Cour suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg. Compte tenu du rôle prépondérant de la Cour suprême dans le processus de validation du futur président, le jour de l’élection est immédiatement revenu au cœur des préoccupations des investisseurs. Cet événement imprévu a constitué pour nous un important facteur de perturbation des marchés qui semble toutefois en grande partie intégré désormais.

Le niveau de croissance de 2019 ne sera pas retrouvé avant 2022

Le pétrole, en baisse de 10 % en septembre, a traduit ce regain d’aversion au risque sur le mois, tout comme la prise en compte de perspectives d’activité économique toujours dégradées. Les prévisions de bénéfices ont ainsi continué d’être corrigées pour les entreprises européennes pour 2020.  Une dichotomie continue de se dessiner entre la Chine d’un côté - où la reprise s’intensifie avec notamment une amélioration de la confiance des ménages et de l’activité industrielle - et de l’autre l’Europe et les Etats-Unis, où les données plafonnent. Comme nous l’indiquions le mois précédent, les investisseurs ont bien intégré la perspective d’un niveau d’activité en 2021 qui sera inférieur à celui de 2019. Selon les prévisions de plusieurs banques anglo-saxonnes, il faudra même attendre 2022, voire 2023 pour dépasser le simple niveau d’activité de l’année dernière. Par ailleurs, les données micro-économiques restent nombreuses, avec toujours beaucoup d’augmentations de capital et d’opérations de fusion/acquisition.

Vers une contagion du recul des Tech aux autres compartiments de la cote ?

Dans cet environnement de consolidation, les valeurs technologiques américaines - représentées par l’indice Nasdaq - ont connu une correction notable avec une baisse de près de 7 % sur le mois, après avoir abandonné jusqu’à 15 % en cours de période… Une évolution qui a fait planer le risque de voir cette correction se propager à d’autres compartiments et secteurs de la cote. Notons que le marché reste toujours très polarisé sur deux catégories de valeurs, et ce de manière encore plus accentuée que d’habitude, avec la traditionnelle scission constatée entre « Growth » (valeurs de croissance) et « Value » (valeurs décotées). Depuis la correction de février, les valeurs technologiques sont en effet apparues comme celles bénéficiant par définition du confinement, à opposer à presque tous les autres secteurs, dont le retour à meilleure fortune ne devrait se faire que progressivement. Dans ce contexte, nous n’interprétons pas la correction des valeurs technologiques comme le signe avant-coureur d’une baisse généralisée à venir, d’autant plus qu’elle s’est accompagnée d'un début de rotation en faveur de secteurs plus cycliques comme l’automobile, qui bénéficie notamment de la bonne tenue du marché chinois, ou de la construction. 

Ce sont ces secteurs que nous avons renforcés au sein de nos gestions au cours des dernières semaines, alors que nous restons toujours très sous-pondérés sur ceux pour lesquels la tendance baissière n’a pas encore été remise en question - comme les financières, les pétrolières ou les télécoms - et ce malgré quelques séances de rebond qui ne constituent jusqu’à présent que de faux signaux.

Pour autant, avant de pouvoir envisager une véritable reprise haussière des marchés, il faudra que les investisseurs cessent d’être partagés entre ces deux catégories de valeurs et qu’au minimum, la tendance baissière sur plusieurs de ces secteurs « massacrés » se stabilise.

 

  1. Au 30 septembre 2020
  2. Food and Drug Administration
  3. Réserve fédérale américaine

 

Achevé de rédiger par Jean-Jacques Friedman le 8 octobre 2020