28 juin 2019

Les ruptures de la numérisation du monde

La data dans la gestion d’actifs offre de nouvelles opportunités d’investissement.

Jean-Jacques Friedman, chief investment officer de Natixis Wealth Management et de VEGA Investment Managers, entame une réflexion sur les ruptures technologiques et leur impact sur la finance et la société. Dans ce premier volet, il observe la montée en puissance des technologies de l’intelligence artificielle et du big data dans l’industrie de la gestion d’actifs avec des implications sur l’activité même de la gestion active en termes d’efficience, d’expertise et de performance. L’utilisation de ces technologies deviendra même un nouveau critère déterminant dans la sélection de fonds en architecture ouverte.

La data est omniprésente. Et son exploitation, notamment via les technologies de l’intelligence artificielle (IA), devient un enjeu majeur à la fois économique et politique, comme en témoigne l’affrontement commercial entre la Chine et les États-Unis, qui glisse progressivement sur le terrain de la guerre technologique. Les révolutions de l’infotech sont également à l’œuvre dans la finance, déjà rompue à l’informatisation et à la dématérialisation, et où IA, big data ou blockchain font de rapides progrès. Les gestionnaires d’actifs, sous pression de la gestion indicielle et de la réglementation, dans un contexte de marché plus difficile, se tournent également vers ces nouvelles technologies et amorcent une collaboration inédite entre les gérants et les data-scientists. Des projets se développent en interne, notamment dans les grandes gestions anglo-saxonnes, ou des partenariats se nouent avec des sociétés spécialisées dans la data et/ou l’IA.

Objectif : collecter et traiter un maximum de données pour permettre au gérant de s’appuyer sur des signaux faibles et de détecter des critères prédictifs pertinents. En clair, automatiser, du moins en partie, ce que les gérants appréhendent déjà de façon intuitive pour réaliser leur allocation ou leur sélection de titres. De fait, la seule analyse financière d’un bilan ne suffit pas à saisir les avantages compétitifs ou à déceler les tendances ou les ruptures de marché. L’exploitation de signaux faibles en complément de statistiques traditionnelles fait partie du quotidien du gérant. Ainsi, le croisement des données macroéconomiques de la Chine avec des statistiques plus fines sur le transport maritime ou de la consommation électrique des ménages, a permis d’invalider un scénario noir sur la croissance chinoise. Le principe reste le même avec la data mais l’utilisation de ces technologies permet de démultiplier le champ des possibles et de traquer une multitude d’indicateurs pertinents. Déjà, l’analyse d’images satellite de parkings d’hypermarchés permet de s’assurer de la fréquentation d’une enseigne et les réseaux sociaux sont décortiqués pour vérifier l’adhésion à une marque. Même le verbatim d’un analyste financier peut être passé au scanner pour anticiper des changements de recommandations. En clair, aujourd’hui, c’est déjà demain.

Certes, la collecte et l’exploitation de la data sont encore balbutiantes mais l’industrie de la gestion est prête à investir. Les conséquences en seront nombreuses, en termes de réduction des coûts de gestion ou de performance des fonds. Ces nouvelles technologies pourraient également donner une prime aux grands acteurs, seuls capables d’investir massivement. La dimension humaine restera néanmoins centrale. Loin de le remplacer, comme certains l’anticipent au regard du développement des robo-advisors, la data et l’IA permettront au gérant de s’affranchir de tout un travail quantitatif pour mieux se concentrer sur des nouvelles idées d’investissement génératrices d’alpha et de retrouver une vision de plus long terme qui fait aujourd’hui tant défaut. C’est déjà dans cet esprit que VEGA Investment Managers fonde son style de gestion patrimonial autour de valeurs de croissance disposant de réels avantages concurrentiels. C’est également dans cette logique que de nouvelles thématiques d’investissement sont développées autour de grandes tendances, comme la disruption ou les nouveaux modes de consommation des millennials. Les stratégies d’investissement constituent bien aujourd’hui un axe de réflexions prioritaires. Le recours à l’IA pour traiter de grands volumes de données s’avère dans ce contexte prometteur pour élaborer de nouvelles stratégies d’investissement. Cette mutation annoncée est également un nouveau défi pour la sélection de fonds en architecture ouverte, second pilier de l’expertise de VEGA  IM. Dans cet immense supermarché mondialisé de la gestion, il s’agit en effet d’identifier les acteurs de la gestion qui auront suffisamment su développer ces technologies pour imaginer des techniques de gestion complémentaires aux nôtres, afin de proposer cette expertise émergente à nos clients. Au-delà des approches sectorielles ou géographiques, ce sont bien de nouveaux styles de gestion qui vont apparaître et de nouveaux thèmes d’investissement qu’il ne faudra pas manquer.