20 févr. 2018

#4 : LE BIAIS DE CONFIRMATION

En ce début d’année, notre exploration des biais comportementaux a commencé avec l’illusion de la connaissance (#3) – en 2017, nous avons abordé l’illusion du contrôle (#2) et l’excès d’optimisme (#1).

Étendons aujourd’hui notre réflexion au biais de confirmation. Il exprime notre tendance à privilégier les éléments qui viennent confirmer nos décisions ou nos hypothèses, sachant que, dans le même temps, nous n’accordons pas autant (ou pas assez) d’importance aux arguments qui viennent les contredire.

Ce biais a été mis en évidence par James Montier* dans les résultats de son enquête réalisée auprès de professionnels de la finance. Dans son exemple, il demande aux participants quelles cartes (à deux faces) doivent-ils retourner pour affirmer ou confirmer une formulation donnée. Ce problème, en apparence très simple, se traduit par un constat impressionnant : 95 % des répondants (pourtant composés de gérants et d’analystes) sont victimes de ce biais de confirmation ! Ils ont en effet retourné une ou deux cartes supplémentaires sur les quatre alors que ce n’était pas nécessaire.

Cette attitude a des répercutions car nous consacrons du temps aux données qui vont confirmer notre choix, alors que nous accordons moins de valeur aux éléments qui le contredisent. C’est ce qu’on appelle la réflexion sélective.

En finance, par exemple, on peut se focaliser sur les signaux positifs (choix des bons ratios) et occulter complètement les signaux négatifs (tendance inverse, rentabilité en baisse…). Et finalement, une recherche additionnelle n’apporte pas d’arguments contradictoires mais seulement l’allongement de la liste des points positifs. Aboutir à cette confirmation est quelque chose de rassurant. N’avez-vous pas eu raison de vous offrir cette nouvelle paire de chaussure ?

Face à ce biais vraiment très fréquent, se faire l’avocat du diable prend tout son sens :chercher la preuve du contraire. Alors soyons d’accord : pour la paire de chaussure, on s’en passera mais pour la décision sur un investissement, cette option peut s’avérer très pertinente. Une suggestion très pragmatique, au lieu de se dire, j’analyse la situation en reprenant la même logique, on va se dire : partons de l’hypothèse inverse, soit que la valeur d’un investissement va s’effondrer. A présent, imaginons quelles sont les raisons qui pourraient y conduire. Il est alors possible de mettre en relief des perspectives, des risques, des combinaisons de circonstances auxquelles nous avions évité de penser. En finance de marché, le dossier crédit et sa contre-analyse du risque en sont une bonne démonstration. Le recours à l’avocat du diable est donc un moyen efficace pour être moins victime du biais de confirmation.

En résumé, ce biais de confirmation est une sorte de pondération biaisée des arguments. Les arguments en faveur de notre conviction sont surpondérés et ceux allant contre, sont sous-pondérés. Faire correspondre ainsi la réalité à nos idées est plus confortable et évite de se remettre en question. Dans les cas extrêmes, il se produit un phénomène supplémentaire lorsque, confronté à des preuves irréfutables allant en contradiction avec notre position, nous les rejetons purement et simplement, radicalisant davantage notre conviction déjà forgée.

Au-delà des études universitaires, une illustration, que nous connaissons tous, est celle de l’importance de la première impression. Il est en effet parfois quasiment impossible de faire revenir les gens sur leur perception initiale de l’autre. « La première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise », écrivait Henri Jeanson**. Cette influence des informations préliminaires a été confirmée à plusieurs reprises. En effet, l’ordre de présentation des informations n’est pas neutre : une information placée en tête d’une série possède un poids plus fort, même si rationnellement on sait que chaque élément de la série est d’importance égale.

Ce biais de confirmation peut être particulièrement dévastateur dans les domaines économiques et financiers. Remettre en question sa propre théorie demande un effort considérable. Warren Buffet**** l’a très bien dit : « ce que les individus savent faire le mieux, c’est sélectionner les nouvelles informations de manière à préserver leur vision des choses ».

Maintenant plus d’excuse pour rester une victime passive de ce biais de confirmation si fréquent !

Article rédigé par Sandrine Vincelot-Guiet, Directeur Conseil et Sélection OPCVM VEGA IM

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* Montier James (2006). "Behaving Badly". Global Equity Strategy DrKW Macro research.

** Henri Jeanson est un écrivain, journaliste et scénariste français, 1900 – 1970.

*** Baron, Jonathan (2000), Thinking and deciding (3rd ed.), New York-Cambridge University Press.

**** Warren Buffet est un homme d’affaires et célèbre investisseur américain né en 1930.